Montreal

Entrevue avec Michel Leblanc
Président et chef de la direction
Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Qu’est-ce qui fera du Canada un pays diversifié et prospère, parmi les plus compétitifs du monde à la fin du siècle?

Nous en avons discuté avec Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Compte rendu.

En 2100, le Canada sera une fédération…

Un Canada prospère en 2100 sera, selon Michel Leblanc, une fédération à part entière qui laissera les provinces et le Québec prendre leurs responsabilités. Une vision centralisatrice du pays ne fera que créer des tensions. Si le Canada est fort à la fin du siècle, c’est parce qu’il fonctionnera harmonieusement en tant que fédération.

Misant sur des métropoles modernes…

Notre fédération s’appuiera sur des métropoles modernes, dynamiques et prospères. Car, selon le PDG de la CCMM, les métropoles, avec notamment des systèmes modernes de transport collectif, des quartiers bien planifiés et des entreprises dynamiques, définiront le Canada que l’on souhaite.

Et des régions dynamiques…

Aux métropoles, comme facteur de réussite et de prospérité, Michel Leblanc ajoute les régions. Elles sont aussi des vecteurs de développement économique. Un avenir prospère sera basé sur la capacité de chaque région de participer à la création de la richesse collective.

Et une communauté francophone marquante

Enfin, Michel Leblanc estime que, dans le Canada de 2100, la communauté francophone ne sera pas en déclin ni marginalisée. Il observe depuis une décennie que le nombre de Canadiens bilingues hors Québec est en décroissance. Ce n’est pas une bonne nouvelle : la langue française est un élément de l’identité canadienne. Si les Québécois sentent que l’identité de ce pays change en raison de la langue, ils exerceront des pressions et le pays sera en crise. Ce n’est pas souhaitable.

Trouver la main-d’œuvre qualifiée

Le Canada de 2100 comptera 100 millions d’habitants. C’est un objectif ambitieux qui ne pourra être atteint sans une immigration soigneusement planifiée.

La CCMM est très active dans ce domaine. Elle a créé le programme Interconnexion afin de répondre à une inquiétude souvent exprimée par les chefs d’entreprise. Ils affirment que trouver une main-d’œuvre qualifiée est leur plus grand défi. 

L’immigration a amené au Québec des personnes très qualifiées. Mais, pour toutes sortes de raisons, certaines personnes ne sont jamais parvenues à décrocher un emploi dans leur domaine de qualification. Lorsque Michel Leblanc discute avec ses homologues des États-Unis et du Canada, il constate que le Québec se distingue grâce à ses organismes qui facilitent l’accueil et l’intégration des travailleurs immigrants dans la société québécoise.

De son côté, le programme Interconnexion de la Chambre agit exclusivement auprès des entreprises. Il a été conçu pour faciliter l’intégration au travail des immigrants. Ce n’est pas sans poser des défis. Le temps faisant bien les choses, l’acceptation des immigrants progresse parce que la formule de stages de travail en entreprise, d’événements de réseautage professionnel et d’entrevues que la Chambre organise, contribue à changer les attitudes et les perceptions des employeurs. Leur confiance envers le programme Interconnexion est d’ailleurs à la hausse. Chaque année, la Chambre parvient à réunir des cohortes de 1 000 travailleurs qualifiés et le taux de placement atteint 72 %.

La main-d’œuvre qualifiée se trouve aussi dans les universités qui accueillent des étudiants de l’étranger. Ce sont d’excellents candidats pour les entreprises. Michel Leblanc introduit ici quelques bémols.

Il faut accepter que les étudiants étrangers n’aient pas nécessairement l’intention de s’établir chez nous après leurs études. Boston, la Mecque des étudiants étrangers, ne réussit qu’à retenir entre 20 et 25 % d’entre eux. Il faut donc, selon M. Leblanc, avoir des objectifs réalistes dans ce domaine.

Il y a diverses façons de retenir ces étudiants à Montréal. L’une d’elles : les emplois d’été et les stages dans le cadre de programmes coopératifs. Michel Leblanc estime essentiel que les étudiants puissent travailler dans leur domaine d’études pendant leur séjour chez nous. Un étudiant en génie qui décroche un emploi d’été en ingénierie sera probablement plus enclin à poursuivre sa carrière chez nous que son collègue qui a travaillé dans un secteur d’activité n’ayant rien à voir avec son champ d’études.

Il y a aussi la langue. Montréal est une métropole francophone où la connaissance des deux langues est essentielle pour décrocher certains emplois. Or, certains étudiants étrangers, inscrits dans l’une des deux universités anglophones de Montréal, n’ont pas nécessairement une connaissance du français. Ces étudiants sont plus susceptibles de travailler au centre-ville, où l’anglais est plus présent. Cela peut donner l’impression que Montréal est moins francophone qu’on le dit, ce qui n’est pas nécessairement le cas.

De même, des étudiants provenant de pays francophones choisissent de venir étudier à Montréal à cause de la communauté francophone. Or, pour décrocher certains emplois, ils doivent avoir une connaissance de l’anglais. Chez eux aussi, cette situation peut leur laisser l’impression que Montréal est moins francophone que ce qui leur avait été présenté. Michel Leblanc pense que le Canada doit donner à l’étranger une image réaliste de ce qui attend les personnes qui envisagent de s’établir chez nous.

Et faciliter sa participation au marché du travail

Finalement, dans le but de maximiser la participation au marché du travail et de maintenir un taux de natalité près de deux enfants par couple, le Canada de 2100 devra proposer des programmes de congés parentaux qui combleront les attentes des employés, car les couples ne devraient jamais être pénalisés parce qu’ils ont décidé d’avoir des enfants. 

Il faut aussi proposer des services flexibles de garderie afin de couvrir toutes les situations des employés. Un seul programme de garderie ne fonctionnera pas et ne conviendra pas à tous les travailleurs ni à toutes les entreprises. La Chambre est d’avis que des programmes de congés parentaux et de garderie bien adaptés ont une incidence sur la population active. C’est pourquoi ces programmes sont soutenus par la communauté des affaires. 

En 2100, le Canada que l’on souhaite sera, pour Michel Leblanc, la somme de toutes ses parties. Il aura su relever plusieurs défis, dont celui de l’accessibilité à une main-d’œuvre qualifiée qui, aujourd’hui, demeure une source d’inquiétude pour les entreprises.

À propos de Michel Leblanc et de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Michel Leblanc est président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

La Chambre a pour mission d’être la voix du milieu des affaires montréalais et d’agir pour la prospérité des entreprises de la métropole. Elle s’engage dans des secteurs clés du développement économique en prônant une philosophie d’action axée sur l’engagement, la crédibilité, la proactivité, la collaboration et l’avant-gardisme.

La Chambre organise environ 200 événements par année et elle propose une panoplie de services aux entreprises, notamment de la formation, des missions à l’étranger, des rencontres d’affaires, des services aux jeunes entrepreneurs et des services d’intégration professionnelle.

De par sa position, Michel Leblanc est au courant des défis auxquels sont confrontées les entreprises : politiques publiques, réglementation, fiscalité, développement économique. Il est ainsi en mesure d’échanger avec les gouvernements au nom des entreprises de la métropole.