le Canada est un pays où il fait bon vivre, travailler et fonder une famille. Et si nos richesses naturelles, notre stabilité et notre population ouverte, éduquée et tournée vers l’avenir font l’envie du monde, il ne faut pas tenir pour acquise notre remarquable qualité de vie, surtout si nous ne gagnons pas considérablement en nombre d’ici la fin du siècle.

Au Canada, la prospérité suit depuis toujours la croissance démographique. En effet, chaque boum économique s’inscrit dans la foulée d’un boum démographique. C’est dans cette perspective qu’un groupe de citoyens engagés issus de la finance, des affaires, de l’enseignement supérieur et des services sociaux lance aujourd’hui l’Initiative du Siècle, stratégie à long terme ne visant rien de moins qu’à tripler la population canadienne d’ici 2100 pour la faire passer de 36 à 100 millions d’habitants.

Par cet objectif ambitieux, mais nécessaire, nous voulons offrir aux générations futures des perspectives économiques aussi brillantes que celles dont nous bénéficions nous-mêmes et assurer la pérennité du filet social canadien, notamment l’accès à un système de santé universel et à un système d’éducation parmi les meilleurs au monde.

Selon Statistique Canada, la croissance démographique a reculé de moitié depuis le début des années 1950, atteignant tout juste 1,2 % au dernier recensement. Si cette tendance se maintient, en 2100, le Canada, avec ses quelque 53 millions d’habitants, sera exclu des 50 pays les plus peuplés, éclipsé par des pays tels Madagascar et le Burkina Faso.

À cela s’ajoute le vieillissement de la population, le plus rapide des autres pays du G7 après le Japon. Par conséquent, comme un quart des Canadiens aura plus de 65 ans d’ici 2035, le rapport travailleurs-retraités actuellement de 4 pour 1 pourrait chuter à tout juste 2 pour 1.

Les conséquences socioéconomiques de cette situation sont absolument désastreuses.

Sans un marché intérieur vaste et croissant, le pays s’expose à un recul des mises en chantier, des ventes au détail, de l’entrepreneuriat et de l’emploi. Sans une main-d’œuvre suffisante, nous ne pourrons plus nous offrir certains services ayant contribué à notre essor collectif.

Si l’économie canadienne devait reculer par rapport à celle d’autres pays, il en irait de même du poids du Canada sur l’échiquier mondial. En perdant son statut de partenaire économique important, le Canada risque aussi de perdre sa place aux sommets économiques mondiaux, comme le G8.

La chute du taux de natalité nous oblige à nous tourner vers l’immigration pour assurer notre croissance démographique. Or, la réussite d’une telle stratégie repose sur une planification et une application réfléchies si nous voulons être en mesure d’accueillir les nouveaux arrivants sans mettre de pression supplémentaire sur les collectivités, les réseaux de prestation de services et les infrastructures déjà lourdement sollicités.

C’est notamment le cas de notre système d’éducation, qui n’a d’autre solution que d’accroître le nombre d’élèves par classe et qui peine à offrir la même qualité d’enseignement d’un océan à l’autre. Quant au marché du travail, la rareté des emplois de qualité demeure une épine dans le pied des diplômés, peu importe leurs origines, ce qui freine l’économie et réduit la valeur de l’enseignement supérieur aux yeux de la population.

Notre système de santé subit déjà les effets du vieillissement de la population avec l’augmentation des patients très âgés nécessitant  des traitements plus complexes, ce qui n’aide pas à réduire les délais d’attente pour obtenir des soins ou consulter un spécialiste. La proportion d’usagers nécessitant des soins à coût élevé ne cesse de croître et mobilise une part toujours plus importante des dépenses publiques, ce qui empêche le gouvernement d’investir ailleurs.

Les agglomérations urbaines, où vit la majorité de la population canadienne, perdent en popularité auprès des ménages, situation qui s’explique en partie par le temps perdu dans les déplacements et le coût élevé des logements dans les grands centres.

La hausse des frais de garde d’enfants complique la conciliation travail-famille pour certains parents, sans compter l’attente de plus d’un an qu’affichent de nombreuses garderies.

Ces failles dans le système ne peuvent qu’empirer si nous n’agissons pas dès maintenant.

Si nous lançons l’Initiative du Siècle aujourd’hui, c’est justement pour favoriser la croissance démographique à long terme au Canada et garantir un avenir meilleur à nos enfants et petits-enfants. Pour ce faire, nous voulons fixer une cible ambitieuse pour le Canada de 2100 et expliquer de manière constructive aux Canadiens les avantages de la hausse démographique escomptée.

Nous avons récemment demandé au Conference Board du Canada d’examiner une série projections démographiques à long terme allant de la situation actuelle à l’objectif de 100 millions d’habitants en 2100. Les conclusions de cette étude sont claires : une hausse du nombre d’habitants devrait entraîner une hausse de la population active et renforcer la croissance économique à long terme. L’économie canadienne sera nettement plus forte si la population canadienne atteint les 100 millions d’habitants.

C’est aussi notre avis : en dotant le pays d’une stratégie démographique éclairée, nous lui remettons les clés pour réaliser son immense potentiel. Nous pourrions ainsi renforcer nos établissements scolaires, contribuer au développement urbain tout en réduisant notre empreinte écologique, favoriser l’échange d’idée et la mobilité des personnes, stimuler l’investissement et la recherche dans notre économie florissante et soutenir les ménages qui doivent concilier travail et vie de famille.

Nous n’avons ni toutes les solutions ni un plan d’action précis pour atteindre ces objectifs. N’oublions pas que tout peut arriver au cours des 83 prochaines années. Nous croyons néanmoins que chaque petit changement apporté aujourd’hui portera ses fruits plus tard et contribuera à ce que notre pays fasse l’envie du monde pendant encore très longtemps.